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Artiste peintre contemporain
Galerie de peintures à l'huile figuratives et abstraites
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La poésie celtique : Extraits d'un texte d'Ernest Renan
“C'est dans cette vie retirée, dans cette défiance contre tout ce qui vient du dehors, qu'il faut chercher l'explication des traits principaux du caractère des Celtes. Ils ont tous les défauts et toutes les qualités de l'homme solitaire : à la fois fiers et timides, puissants par le sentiment et faibles dans l'action; chez eux, libres et épanouis; à l'extérieur, gauches et embarrassés. ...
C'est que la vie n'est pas pour ces peuples une aventure personnelle que chacun court pour son propre compte et à ses risques et périls : c'est un anneau dans une longue tradition, un don reçu et transmis, une dette payée et un devoir accompli. ...
La réserve apparente des peuples celtiques, qu'on prend souvent pour de la froideur, tient à cette timidité intérieure qui leur fait croire qu'un sentiment perd la moitié de sa valeur quand il est exprimé, et que le coeur ne doit avoir d'autre spectateur que lui-même. Aucune famille humaine, je crois, n'a porté dans l'amour autant de mystère. Nulle autre n'a conçu avec plus de délicatesse l'idéal de la femme et n'en a été plus dominée. C'est une sorte d'enivrement, une folie, un vertige. Lisez l'étrange mabinogi de Pérédur ou son imitation française, Parceval le Gallois : ces pages sont humides, pour ainsi dire, du sentiment féminin. La femme y apparaît connue une sorte de vision vécue, intermédiaire entre l'homme et le monde surnaturel. Je ne vois aucune littérature qui offre rien d'analogue à ceci. Comparez Geneviève et Iseult à ces furies scandinaves de Gudruna et de Chrimhilde, et vous avouerez que la femme telle que l'a conçue la chevalerie, - cet idéal de douceur et de beauté posé comme but suprême de la vie, - n'est une création ni classique, ni chrétienne, ni germanique, mais bien réellement celtique.
La puissance de l'imagination est presque toujours proportionnée à la
concentration du sentiment et au peu de développement extérieur de la vie.
Le caractère si limité de l'imagination de la Grèce et de l'Italie tient à
cette facile expansion des peuples du Midi, chez lesquels l'âme, toute répandue
au dehors, se réfléchit peu elle- même. Comparée à l'imagination classique,
l'imagination celtique est vraiment l'infini comparé au fini. Dans le beau
Mabinogi du Songe de Maxen Wledig, l'empereur Maxime voit en rêve une jeune
fille si belle qu'à son réveil il déclare ne pouvoir vivre sans elle. Pendant
plusieurs années, ses envoyés courent le monde pour la lui trouver : on la
rencontre enfin en Bretagne. Ainsi firent la civilisation celte : elle s'est
fatiguée à prendre ses songes pour des réalités et à courir après ses splendides
visions. L'élément essentiel de la vie poétique du Celte, c'est l'aventure,
c'est-à-dire la poursuite de l'inconnu, une course sans fin après l'objet
toujours fuyant du désir. Voilà ce que saint Brandan rêvait au delà des mers,
voilà ce que Pérédur cherchait dans sa chevalerie mystique, voilà ce que le
chevalier Owenn demandait à ses pérégrinations souterraines. Cette civilisation
veut l'infini ; elle en a soif, elle le poursuit à tout prix, au delà de la
tombe, au delà de l'enfer. ...
De là ce dogme de la résurrection des héros, qui parait avoir été un de ceux que le christianisme eut le plus de peine à déraciner. De là ce messianisme celtique, cette croyance à un vengeur futur qui restaurera la Cambrie et la délivrera de ses oppresseurs, comme le mystérieux Leminok que Merlin leur a promis, le Lez-Breiz des Armoricains l'Arthur des Gallois. Cette main qui sort du lac quand l'épée d'Arthur y tombe, qui s'en saisit et la brandit trois fois, c'est l'espérance des celtes. Les petits peuples doués d'imagination prennent d'ordinaire ainsi leur revanche de ceux qui les ont vaincus. Se sentant forts au dedans et faibles au dehors, ils protestent, s'exaltent, et une telle lutte décuplant leurs forces les rend capables de miracles. Presque tous les grands appels au surnaturel sont dus à des peuples espérant contre toute espérance.
